14-14, de Paul Beorn et Silène Edgar

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C’est une de mes élèves qui m’a conseillé la lecture de ce livre. Elle l’a adoré et m’en a parlé. Elle ne s’attendait pas à ce que je le lise ! Elle en a était très contente.

Résumé

Hadrien et Adrien sont deux garçons de treize ans qui habitent à quelques kilomètres l’un de l’autre, en Picardie. Ils ont des problèmes à l’école, à la maison et avec les filles, comme la plupart des garçons de leur âge. Il n’y a qu’une seule chose qui les sépare : Hadrien vit en 1914 et Adrien en 2014. Leurs destins vont mystérieusement se mêler, leur permettant d’échanger du courrier alors qu’ils croient chacun écrire à un cousin éloigné ! Lorsqu’ils comprennent ce qui se passe, Adrien se rend alors compte qu’il doit prévenir Hadrien que la Grande Guerre est sur le point d’éclater et qu’il doit à tout prix se mettre à l’abri !

Avis

Ce livre a gagné le prix des incorruptibles en 2015. Je ne le savais pas quand mon élève m’en a parlé. Je suis très contente de voir que les médiathécaires de sa ville lui propose de si bons livres ! En plus, je suis d’accord avec elle, je l’ai beaucoup aimé.

J’ai adoré le principe de cet échange de lettres entre deux garçons à un siècle d’intervalle. Les auteurs sont partis du principe que peu importe l’époque, finalement les adolescents ont toujours eu les mêmes préoccupations : la famille, l’école, les amis et les filles. D’ailleurs les deux garçons se ressemblent beaucoup sur le plan émotionnel. Mais ce qui fait la richesse de ce roman, c’est de comparer leur vie ! Adrien rechigne à aller à l’école alors qu’Hadrien rêve de pouvoir aller au lycée. La petite sœur d’Adrien est soignée aux antibiotiques pour une scarlatine alors que le petit frère de Simone, la fiancée d’Hadrien, meurt d’une pneumonie. D’ailleurs, Adrien n’imagine pas une seconde être fiancé à une jeune fille à 13 ans alors qu’Hadrien demande sa petite amie en mariage. Comme les époques ont changé ! Cette comparaison est passionnante. Je me suis énormément attachée aux deux personnages. Ils ne peuvent que nous émouvoir ! De plus, les auteurs ont véritablement bien travaillé leur caractère. Ils ressemblent tellement aux adolescents que je peux côtoyer.

Le thème de la Première Guère Mondiale n’est qu’un prétexte ou un contexte à cette histoire. Cela m’a un peu déçue car ce livre est vendu comme un livre historique. Lorsque les garçons se rendent compte que l’un vit dans le passé et l’autre dans le futur, nous sommes déjà aux 3/4 du roman. Du coup, il ne reste plus beaucoup de temps pour exploiter ce thème. Cependant, cela n’est pas grave tant l’histoire des deux garçons est très prenante.

Il y a quand même eu un aspect qui m’a profondément dérangé. Les deux adolescents s’échangent des lettres via des boîtes aux lettres magiques. Et justement, cette magie, le livre n’en avait pas besoin. En plus, les auteurs prennent le parti d’expliquer qui est à l’origine de leur apparition. Avait-on vraiment besoin d’explication ? Et puis, cette personne ne pouvait-elle pas les utiliser elle-même ces boîtes ? J’ai trouvé qu’il y avait quelques incohérences dès qu’il s’agissait d’évoquer cet aspect de l’histoire.

Ce livre est très bien écrit. Les auteurs ont évité le « parler jeune » que je déteste. Les chapitres sont courts pour permettre de naviguer rapidement entre les deux histoires.

J’ai vraiment bien aimé ce livre et j’ai hâte de lire d’autres conseils de mes élèves !

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Un amour sucré-salé, Christine Frasseto et Guillaume Léturgie

Pourquoi ce livre ?802265_2941653

Tout comme 3000 façons de dire je t’aime, ce livre faisait partie de la sélection de romans d’amour donnée à mes quatrièmes. Il fallait donc bien que je le lise pour pouvoir corriger les fiches de lecture !

Résumé

 » Salé. Ma petite Luce, ma Lucille, ma lumière, ma soeur, mon amie de toujours. Je la connais depuis que j’ai huit ans, la moitié de notre vie passée ensemble, on a tout vu tout fait.  »
 » Sucré. Tom et moi, on est comme des magnets sur un tableau métallique, on se comprend presque sans rien dire et je sais que rien ne pourra jamais nous séparer « .

Avis

Ce roman a été écrit à quatre mains. Les chapitres écrits par Christine Frasseto nous laissent entendre la voix de Luce, une jeune fille de quatorze ans ; les chapitres écrits par Guillaumes Léturgie ont pour narrateur Tom, un jeune garçon de quinze ans. Les écritures à quatre mains sont toujours périlleuses car il y a un risque pour que le texte ne soit pas très cohérent. Il n’en ai rien ici, et au cours de ma lecture j’ai même oublié qu’il y avait plusieurs auteurs.

L’histoire se déroule sur une année. Les deux héros sont en troisième. Tom a perdu sa maman et est complètement déphasé. Il ne travaille plus à l’école et n’a que pour seule amie Luce. Celle-ci est au contraire une très bonne élève. Comme dans tous ces romans pour adolescents, Luce et Tom sont amoureux, mais seul le lecteur s’en rend compte. Bon il faut avouer que Luce aussi mais c’est normal c’est une fille ! En une phrase je vous ai résumé ce que je n’ai pas du tout aimé dans ce roman : il est bourré de clichés ! L’histoire est un cliché à elle-seule. Deux amis pour la vie qui sont en fait amoureux, la fille sérieuse qui va un peu s’encanailler avec un autre parce que son ami drague une autre fille… C’est fatiguant de lire et relire la même histoire ! Et que dire de l’écriture des auteurs qui ont voulu faire « jeunes ». Je déteste quand un écrivain essaye de reproduire le vocabulaire des jeunes car on peut être sûr, qu’il tombera toujours à côté.

Il y a quand même une chose à sauver dans ce livre. J’ai bien aimé « entendre » les deux voix des adolescents. Lire leur deux visions d’un même fait était très intéressant.

Bref, je n’ai pas du tout aimé ce roman et mes élèves non plus !

Refuges, d’Annelise Heurtier

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Pourquoi ce livre ?

Il y a trois ans, j’ai découvert Là où naissent les nuages d’Annelise Heurtier. Et j’ai été complètement séduite ! J’ai aimé le style de l’auteur mais aussi l’histoire qu’elle racontait. Alors quand j’ai vu qu’elle avait sorti ce roman, je n’ai pas hésité à l’acheter pour le CDI.

Quatrième de couverture :

Mila, une jeune italienne, revient sur l’île paradisiaque de son enfance, espérant y dissiper le mal-être qui l’assaille depuis un drame familial.
Très vite, d’autres voix se mêlent à la sienne. Huit voix venues de l’autre côté de la Méditerranée qui crient leur détresse, leur rage et la force de leurs espérances.

Avis :

Je suis assez mitigée sur ce roman. D’un côté il m’a vraiment beaucoup plu et d’un autre je l’ai détesté !

Dans le titre, ce qui saute aux yeux c’est le S en jaune. Ce S annonce tout à fait le procédé du livre : une polyphonie de narrateurs.
D’un côté, nous avons Mila, une jeune fille romaine qui vit un drame familial. Pour essayer de faire table rase du passé, sa famille et elle décident de partir en vacances dans la maison de famille sur l’île italienne de Lampedusa. Dès l’évocation de ce nom, nous lecteurs croyons bien comprendre ce dont il va être question. Malheureusement cette île est bien connue. Elle accueille de nombreux migrants, vivants ou morts. Et bien contrairement à ce que l’on pense, dans l’histoire de Mila il n’y a quasiment aucune évocation des migrants. Son récit est centré sur ses problèmes familiaux, sa découverte de la nature de l’île et ses rencontres avec un groupe d’adolescents.
D’un autre côté, enchâssés dans les chapitres sur Mila, nous retrouvons les témoignages de huit jeunes Erythréens. Dans un premier temps, ils se présentent. Et là, il faut avoir le cœur bien accroché. Les situations de ces jeunes gens sont terribles. L’Erythrée est un état policier qui nie les droits de l’homme et impose un mode de vie terrible à ses jeunes. Aujourd’hui, plus de 300000 Erythréens ont fuit leur pays et vivent dans des camps de réfugiés (selon Wikipédia). Dans un second temps, le destin les fait se retrouver pour s’enfuir vers l’Europe et plus précisément Lampedusa. Là, une fin tragique les attend et le récit de leur traversé dans un chétif bateau fait froid dans le dos.

Et le problème de ce livre est là : j’ai été tellement affligée par le sort des huit jeunes migrants que l’histoire de Mila ne m’a fait ni chaud ni froid. Je ne comprends pas pourquoi Annelise Heurtier n’a pas fait deux livres avec ces histoires. Elle avait largement la matière pour. En plus, l’histoire de Mila est vraiment très intéressante. Étudier l’adolescence sous l’ombre d’un drame familial est certes classique, mais toujours très captivant. Mais comme on compare son récit au sort des migrants, il a l’air vraiment fade. Le personnage de Mila qui aurait pu être profond et dramatique se transforme en un personnage naïf et énervant. Je n’ai pas cessé de me dire « Mais arrête de te plaindre ! ». C’est vraiment dommage car développée d’avantage, elle aurait été une belle héroïne. Je comprend que l’auteur ait voulu faire un parallèle entre l’histoire de cette Européenne et celle de ces Africains, mais cela n’apporte que de la distanciation face au récit de Mila.
J’ai également beaucoup regretté de ne pas en savoir plus sur les migrants. Leurs récits ne font que quelques pages. Leur caractère, leur personnalité, leur vie tout entière ne peuvent donc pas être exploités complètement. Et c’est très frustrant car je n’ai pas eu la sensation de m’attacher à eux.

Le style de l’auteur est très intéressant. J’aime beaucoup ses descriptions et ses dialogues. Elle nous plonge vraiment dans l’action du livre. Ce roman est bien rythmé et on ne s’ennuie pas du tout en le lisant. Je pense qu’il est tout à fait adapté à des enfants à partir de la quatrième. La migration est d’ailleurs au programme de géographie de ce niveau. Les témoignages pourraient même être exploités en cours. Annelise Heurtier réussit à se glisser dans la peau de 9 adolescents ( en comptant Mila). Elle réussit à donner un style à chacun. Ils sont tous différents.

Un avis mitigé donc pour ce roman. Mais cela ne m’empêchera pas de suivre cette auteur !

Emily

Mentine, de Jo Witek

81upihsqbclPourquoi ce roman ?

J’ai beaucoup entendu parler de ce roman sur les blogs de collègues professeurs documentalistes et dans mes réunions avec les médiathécaires de mon secteur. J’ai donc décidé de l’acheter pour le CDI. J’espère que ça plaira à mes élèves.

Quatrième de couverture

Mentine est une surdouée hyperactive et rebelle qui n’en fait qu’à sa tête. Aussi, lorsque ses parents découvrent son dernier bulletin de notes, ils décident d’adopter une mesure radicale. Pas de plage, de surf et de baignade en bord de mer cet été, mais direction le Larzac, dans la ferme de Raoul. Pour la petite parisienne, le choc risque d’être un peu rude…

Avis

J’ai adoré ce roman. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à lire un roman jeunesse !

Mentine est une jeune adolescente pas comme les autres et c’est justement ce qui m’a séduit dans ce personnage. On entend souvent parler des enfants précoces mais finalement, on connaît très mal ce à quoi cela correspond. Ici, Mentine a à cœur de cacher le fait qu’elle est surdouée. En effet, elle veut être une élève normale. Et il est vrai qu’en tant que professeur de collège, je la comprends. Je me bats au quotidien contre les moqueries du genre « intello ». Mais la critique de ceux qui ont des bonnes notes est très ancrée depuis des décennies. Moi-même je me faisais prendre à partie à l’adolescence quand j’avais des bonnes notes. Mentine souhaite se fondre dans la masse et ne pas se faire remarquer. Une adolescente normale finalement à une période de sa vie où  le regard des autres est plus important que n’importe quoi.
Le problème est que ses parents souhaitent plus pour leur fille. C’est là que deux lectures du roman peuvent se faire : celle des adolescents qui se reconnaîtront très certainement dans ce personnage et celle des adultes qui comprennent très bien l’exigence des parents qui ne conçoivent pas que leur fille n’exploite pas ses capacités hors norme.

Ce thème de l’école et des relations parents / enfant est présent dans toute la première partie. La seconde partie aborde de tous autres thèmes. En effet, Mentine est punie de grandes vacances à Biarritz avec sa famille et est envoyée dans le Larzac. Là-bas, la jeune parisienne prétentieuse et tête de mule va devoir apprendre l’humilité et la vie à la campagne. Sont développés alors des thèmes très humanistes comme le partage, l’entraide, l’amitié, etc. Cette seconde partie est souvent très drôle mais un peu trop moralisatrice à mon goût. Il est évident que Mentine a besoin d’une leçon, mais l’auteur insiste un peu trop lourdement.

Les personnages sont vraiment très attachants et très bien développés. Le personnage de Mentine est très crédible. Cette jeune fille en pleine crise d’adolescence est passablement énervante pour des lecteurs adultes ! Mais au fond, on se retrouve dans cette petite jeune fille. Son mauvais caractère cache un grand cœur. On découvre aussi une des spécificités des enfants précoces : Mentine est trop mature par rapport à son âge. Difficile d’avoir douze ans dans une classe d’enfants de quatorze ans. C’est très frustrant et l’on comprend alors que sa crise d’adolescence prenne des proportions énormes.
J’ai beaucoup aimé le personnage de Raoul, l’éleveur de brebis chez qui l’héroïne doit passer ses vacances. C’est un homme bourru mais adorable. Un personnage classique en littérature jeunesse mais tant pis, dans ce roman on en a besoin et on l’aime ce Raoul ! Il va apprendre la vie à la ferme à Mentine. Il va réussir à la dompter et à l’apprivoiser, à moins que ce ne soit le contraire…
Le jeune homme (j’ai oublié son nom…) qui intervient dans la seconde partie et dont bien sûr Mentine tombe amoureux est sans intérêt. On aurait très bien pu se passer d’une histoire d’amour. Mais ce roman est clairement un roman pour fille, donc…
La critique des parents de Mentine par la jeune fille et son psychologue m’a vraiment fait rire. Ce sont des « nouveaux » parents qui souhaitent avant tout que leur fille les aime. L’adolescente les trouve trop mous et ne comprends pas qu’ils ne tiennent jamais leurs punitions. Cela me rappelle tellement de parents d’élèves !

Jo witek a une écriture très fluide. Elle est très agréable à lire. J’ai aimé le fait qu’elle ne cherche pas à faire parler Mentine en langage jeune ou Raoul en stéréotype de paysan. Les chapitres sont plutôt courts, ce qui rythme très bien le roman.

Vous l’avez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman. Le seul bémol s’il faut en trouver un, c’est que c’est un livre clairement destiné aux filles. Dommage car le message et le thème du roman d’initiation est universel.

J’ai immédiatement enchaîné par le tome 2 et le tome 3.

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Tome 2 Cette fois c’est l’internat

Encore une fois, ce roman est composé de deux parties. La première partie est très intéressante. Mentine passe en troisième et tout le collège apprend qu’elle est une surdouée. Elle va alors subir un véritable enfer. Un cyber harcèlement et un harcèlement verbal va se mettre en place contre l’adolescente. Tout le collège se ligue contre elle. Cette situation est terrible. On a mal pour Mentine. Et la seule solution à cette situation est de retirer la jeune fille du collège. C’est la victime qui est punie ! Ce livre est tout à fait approprié en ce moment où le cyber harcèlement se multiplie.

J’ai quand même regretté que Jo Witek n’insiste pas sur les conséquences de ce harcèlement sur Mentine. C’est dommage que ce ne soit juste survolé.

La seconde partie est plutôt anecdotique. Mentine est envoyée dans un internat pour surdoués. Cela reste très agréable à lire car toujours aussi bien écrit. Et on est attaché à ce personnage. J’ai aimé la voir s’épanouir et enfin être heureuse.

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Tome 3 Pas de cadeau !

C’est le tome que j’ai le moins aimé.

J’ai bien aimé suivre Mentine mais ce tome n’était pas forcément nécessaire. Le thème dominant est la pauvreté. Et franchement, il n’est pas très bien traité.

C’est vraiment dommage de finir par une petite déception.

Emily

Le prix des Incorruptibles 2016-2017 (1)

Pour la deuxième année consécutive, je participe avec ma collègue de français et une classe de sixième au prix des Incorruptibles. Ce prix littéraire est organisé par l’association des Incorruptibles depuis 1998. Le principe est de lire huit livres et de voter pour son livre préféré.

L’année précédente j’ai fait partie du comité de sélection du prix. J’ai été très surprise de la qualité des romans que j’ai dû lire. J’avais donc très envie de les faire découvrir à mes élèves.

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Aïko, La jeune fille à l’éventail, Pascal Vatinel

Quatrième de couverture : Aïko, une jeune Japonaise, part rejoindre son père, marchand dans un petit port chinois. Là, elle se lance dans le commerce d’éventails et rencontre Han Wei, fils du seigneur local, dont elle tombe vite amoureuse. Leur idylle suscite la colère du père de Han Wei, furieux à l’idée que son fils épouse une Japonaise…

Avis : Voilà un roman où l’héroïne ne se contente pas d’être belle et gentille ! Elle est maligne et se bat comme un garçon. Rien que pour cela, j’ai eu envie de le faire lire à toutes mes élèves filles. Cependant, l’écriture est assez complexe pour certains sixièmes. En effet, il s’agit d’un récit enchâssé dans un autre récit. Malheureusement, plusieurs d’entre eux ont été complètement perdus.

L’histoire est très orientale puisqu’elle se déroule en Chine et mêle les traditions chinoises et japonaises. C’est très dépaysant. L’auteur nous tient en haleine avec un super roman d’aventure. Il maîtrise parfaitement ce genre. L’intrigue est bien ficelée et l’histoire d’amour pas du tout « gnangnan ».

C’est un roman qui peut plaire aux filles comme aux garçons et d’ailleurs mes élèves l’ont beaucoup apprécié.

 

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Caprices ? C’est fini ! de Pierre Delye

Quatrième de couverture : Le roi, excédé par les caprices de sa fille, décide de la marier… S’ensuivent des épreuves hautes en couleurs qu’un jeune bûcheron réussira à la grande surprise de tous. Oui, mais, il dira non, le bûcheron ! Pas d’accord pour épouser la princesse et ses caprices !

Avis : Ce conte est composé de deux parties très distinctes. Dans la première partie on découvre les protagonistes : un roi incapable d’autorité, une princesse capricieuse qui obtient ce qu’elle veut, un majordome malin et un bûcheron humain et innocent. Des personnages types de contes.
Le bûcheron réussit les différentes épreuves invraisemblables qui lui sont imposées pour pouvoir épouser la princesse dont il est immédiatement tombé fou amoureux. Mais une fois devant l’autel, il lui dit non. C’est la première fois que quelqu’un dit non à la jeune femme capricieuse.
Cette première partie m’a laissé complètement de marbre. Elle est d’une structure très banale. Seuls les personnages sont un peu originaux car très drôles.

La seconde partie est elle moins banale. La structure est inversée. C’est la princesse qui doit mériter l’amour du bûcheron. Commence alors un conte initiatique. La princesse doit tout apprendre. Elle devient un personnage très touchant. Tous les personnages deviennent attachants.
J’ai adoré cette dernière partie et j’ai bien rigolé !

Mes élèves n’ont pas encore lu ce roman, mais ceux de mon compagnons ont adoré !

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Dix minutes à perdre, Jean-Christophe Tixier

Quatrième de couverture : Pour la première fois de sa vie, Tim va passer deux jours tout seul. Seul dans la très vieille maison où il vient d’emménager avec ses parents. «Si tu as dix minutes à perdre, commence à détapisser les murs de ta chambre», ironise son père. Tim le prend au mot. Dix minutes, pas une de plus. Mais en arrachant un lambeau de l’affreux papier peint fleuri, Tim fait apparaître un mystérieux message. « Ceci est mon histoire… »

Avis : C’est le seul roman policier de la sélection et c’est bien dommage. Ce style n’était plus dans les programmes ces dernières années et il a été un peu délaissé par les élèves. Moi-même je me suis aperçue que je n’en ai pas beaucoup sur les étagères du CDI.

Tim est un garçon banal auquel tous les jeunes peuvent s’identifier. Il lui arrive une aventure extraordinaire mais surtout terrifiante car dangereuse. J’ai souvent eu peur pour ce jeune homme ! Quel cauchemar pour la future maman que je suis d’imaginer un enfant en prise avec des supers bandits qui ne rigolent pas.
Le suspens monte lentement car Tim comprend ce qui est en train de se passer en même temps qu’il arrive à décoller le papier peint. Et bien sûr quand il comprend, il est trop tard, les méchants sont sur sa piste.

Le roman est très prenant et j’ai eu du mal à le lâcher. Par contre, la fin est vraiment bâclée ! En deux pages tout est réglé. Cela donne vraiment une impression d’inachevé.

Mes élèves ne l’ont pas encore lu mais les élèves de mon compagnon ont bien aimé.

Emily

Océania T1 La prophétie des oiseaux, d’Hélène Montardre

montardre-helene-oceania-tome-1-la-prophetie-des-oiseaux-livre-896252002_LPourquoi ce livre ?

Lors de mon année de stage dans un petit collège de la campagne alsacienne, j’ai suivi les conseils du BlOg-O-nOisettes et j’ai envoyé des demandes de don aux éditeurs de roman jeunesse. J’ai reçu, entre autre, des posters magnifiques de ce roman. Comme je ne l’avais pas dans mon fonds, je les ai remisés dans un placard. Quand j’ai vu le roman sur les étagères de la médiathèque, cela m’a rappelé de bons souvenirs et c’est avec la nostalgie alsacienne que je l’ai emprunté.

Résumé :

Flavia, une jeune fille de 6 ans, vit sur la côte atlantique avec son grand-père. Depuis quelques années, le climat de la planète est complètement détraqué. La fonte des glaces est en train de déstabiliser le monde entier. Le grand-père de Flavia est un guetteur. Depuis toujours, il veille sur l’océan. Au moment où le roman commence, il sent que la situation se complique. Il envoie alors sa petite fille aux États-Unis où les pouvoirs publics ont construit une énorme digue pour protéger leurs côtes. Mais, de rencontres en rencontres, Flavia va se rendre compte que les grands décideurs de ce monde cachent la vérité au peuple. Mais de quelle vérité s’agit-il ?

Avis :

Ce livre est une dystopie tout à fait différente de ce qu’on peut lire aujourd’hui en littérature jeunesse / ado. On est très loin de Hunger games ou de Labyrinthe ! Ce roman se déroule dans un futur proche (la date n’est jamais évoquée). La proximité avec notre époque rend très crédible le contexte du texte. De plus, ici pas de technologie ultra moderne ou de recul scientifique. Nous somme vraiment dans une recherche de réalisme.

Ce roman est également un texte écologiste. En effet, la fonte des glaces des pôles a lieu. Le continent européen est en sursis et risque à tout moment d’être englouti. Les causes ne sont pas évoquées mais on imagine aisément que le réchauffement de la planète n’y est pas étranger. Même si ce n’est pas beaucoup décrit, je trouve que la réaction des pouvoirs publics et de la population est très réaliste. Les dirigeants ont soit ignoré la réalité, soit été incapables de réagir. Il n’y a aucune solidarité ni aucune collaboration entre les états. Je pense malheureusement que cette non-entente est tout à fait réaliste. Le peuple français, lui, est complètement démuni. Il y a une forte migration des côtiers vers la capitale. Rien n’a été prévu pour les accueillir. On se demande même si quelqu’un dirige encore le pays.

Les personnages sont très attachants, à commencer par Flavia. Elle est le personnage principal du roman. Quand le récit débute, elle ne va plus à l’école. Celle-ci a fermé faute d’élèves. En effet, la quasi totalité des habitants a quitté la ville sous la menace de la montée de l’océan Atlantique. C’est donc une jeune fille seule qui ne côtoie plus que son grand-père et un très bon ami de celui-ci. Elle aime sa vie et aime vivre au bord de l’océan. Mais surtout, elle aime passionnément son grand-père. La relation entre eux-deux est très touchante. Pendant une partie du roman, elle subit les événements. Du coup, difficile de cerner vraiment sa personnalité. Ce n’est que vers la fin qu’on découvre une femme forte et déterminée.

Sur sa route, Flavia rencontre un grand nombre de personnages secondaires. Certains que j’ai trouvé passionnants mais d’autres qui sont très caricaturaux. Tous les marins sont stéréotypés : le capitaine a roulé sa bosse sur tous les océans et est sombre et mystérieux et le second, fidèle absolu du capitaine qui tombe amoureux de Flavia. Mais d’autres personnages m’ont beaucoup plu. Par exemple le jeune américain qui recueille Flavia. Il est complétement à contre courant de la population américaine. Il est plein de compassion et de générosité. C’est vraiment une bonne personne.

Le livre est clairement partagé en trois parties : la première se déroule en France, la deuxième dans le bateau qui conduit Flavia aux États-Unis et la troisième à New-York. J’ai vraiment préféré la troisième partie. Les États-Unis sont victimes d’une vague massive d’immigration illégale en provenance d’Europe. Flavia en faisant partie, nous vivons le quotidien des sans papiers dans une époque très trouble. Le récit devient alors haletant et on a constamment peur pour elle. J’ai beaucoup aimé voir comment l’auteur imagine la vie des sans-papiers et surtout la répression sévère qu’exerce le gouvernement. Les dirigeants américains sont intransigeants et la persécution des clandestins est impitoyable. J’ai plusieurs fois eu la chair de poule.

Ce livre est sublimé par l’écriture d’Hélène Montardre. Les chapitres sont courts et plein de suspense. Les mots sont réfléchis et il n’y en a aucun de superflus. C’est une lecture très facile et réjouissante.

Extrait :

« Sur l’écran, l’image était noyée. La digue n’existait plus. On ne voyait que du gris. Le gris de l’océan qui envahissait le pays, le gris du ciel, muet.
– La prophétie des oiseaux, murmura le capitaine Blunt pour lui-même.
Dans le salon, les spectateurs, abasourdis, gardaient les yeux fixés sur l’écran.
L’homme qui manipulait les boutons leva un bras :
– Chut ! Écoutez…
Une voix ténue leur parvint :
– Aux Pays-Bas, malgré les travaux engagés récemment par les autorités compétentes, les digues on cédé. On ignore encore la progression de l’océan…
Puis tout s’éteignit, le son et l’image. »

Emily

Le livre de Perle, de Timothée de Fombelle

product_9782070662937_244x0Pourquoi ce livre ?

C’est en préparant le CAPES documentation que je me suis mise à lire de la littérature jeunesse et ado. L’un des premiers livres que j’ai lu fut Tobbie Lolness. Ça a été une vraie révélation pour moi tant je l’ai adoré ! Depuis, je n’avais pas eu l’occasion de relire un livre de Timothée de Fombelle. En parcourant les rayonnages de ma médiathèque j’ai trouvé celui-là.

Résumé

Deux histoires se mêlent dans ce roman. La première se déroule dans un autre monde. Un territoire où les fées, les magiciens et les rois existent. Nous suivons Ilian, jeune prince poursuivis par son frère qui va tomber amoureux d’une fée. La seconde se déroule avant, pendant et après la seconde guerre mondiale. Nous suivons Joshua, un jeune homme mystérieux et très solitaire. Bien évidemment, nous comprenons très vite que les deux personnes ne sont en fait qu’une !

Avis

La plume de Timothée de Fombelle est magnifique. Il écrit avec une douceur infinie. Ses paragraphes sont courts mais vont à l’essentiel. L’univers qu’il a créé n’est certes pas extraordinaire (les fées, les rois et les sorciers…) mais là n’est pas le centre de son histoire. Le monde fantastique est plutôt un prétexte. Un prétexte pour expliquer la complexité de son personnage principal. J’ai trouvé que les passages dans le monde réel sont beaucoup plus intéressants. L’auteur évoque la vie avant la seconde guerre mondiale, le quotidien bouleversé  pendant cette guerre avec le mauvais traitement infligé aux juifs et la résistance à l’occupant, et l’après, quand il faut réapprendre à vivre normalement. Ces petits moments d’histoire sont décrits avec justesse. Le texte oscille constamment avec le passé, le présent, le monde fantastique, notre monde, l’histoire d’Ilian, celle de Joshua, etc.

Joshua ou Ilian est au centre de ce texte. Lorsqu’il est dans le monde des fées, il est un prince poursuivi par son frère, un roi diabolique. Son enfance est horrible : il vit dans des conditions déplorables avec son père devenu fou et un domestique qui l’incite à s’enfuir. Lorsqu’il est dans le monde des humains, il est un jeune homme solitaire, fils d’un couple de confiseur (les « Perle ») à la recherche obsessionnelle d’objets de son passé. C’est un personnage à la fois faible et fort. J’ai également beaucoup apprécié les personnages secondaires. Le couple qui recueille Ilian est très émouvant.

Ce roman est à la fois très mélancolique car il y a une histoire d’amour impossible et à la fois plein d’espoir car Ilian ne rencontre que des bonnes personnes sur son chemin.

Si je devais mettre un petit bémol au livre, ce serait le personnage du narrateur. Au début du livre c’est un jeune homme qui tombe par hasard sur Joshua (et donc Ilian), puis on le retrouve homme vers la fin du roman. Une fois adulte, il se rend compte que Joshua est toujours présent dans sa mémoire et qu’il l’obsède. Mais voilà, je suis un peu déçue de ne rien connaître de cet homme. Je ne comprends pas pourquoi il est si marqué par Joshua. Il m’a donné l’impression d’un personnage prétexte qui permet de raconter l’histoire des personnages.

Un très bon roman ado, très différent de tous les romans SF que l’on trouve aujourd’hui. Il est resté longtemps en moi comme une douce mélancolie.
Un peu de poésie, de douceur, d’amour et de monde cruel, une bonne recette que je recommande !

Extrait

« – Tout commence par là. La vie vient juste derrière. Elle suit comme un petit chien derrière l’imaginaire.
Autour d’eux , la nuit se taisait toujours.
– Quand le monde comprendra cela, dit-il, quand le monde y croira vraiment…
Dans le noir, il fit un grand geste, qu’on devinait au froissement de sa manche. Un geste qui parlait de la guerre. Il ajouta :
– On arrêtera tout ça… »

« Je relis ces lignes que jamais je n’aurais pensé écrire un jour. Des mots traversés par la vie d’une fée. Rien ne me préparait à la familiarité des fées. »

Emily