La reine des lectrices, de Alan Benett

la-reine-des-lectricesPourquoi ce livre ?

Allez j’avoue, j’aime bien la famille royale anglaise. J’aime bien la royauté en général d’ailleurs. Ma préférence allant bien sûr à Louis XIV dont j’ai lu plusieurs biographies. Du coup, quand je suis passée à côté de ce livre qui réunit la reine d’Angleterre et la lecture, je n’ai pas résisté !

Quatrième de couverture

Que se passerait-il outre-Manche si Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d’un coup, rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux ?

Avis

Ce livre est une pure fiction. L’auteur imagine complètement la vie de la reine d’Angleterre, son caractère et son entourage. La force de cet écrivain est de nous entraîner dans un univers fictif et de nous y immerger sans modération. Bien sûr, on n’oublie jamais que tout est inventé mais on y croit ! Ce livre est une ode à la lecture. En effet, la reine découvre très tard sa passion pour la lecture mais elle s’y plonge entièrement et avec un énorme plaisir ! La reine lit principalement de la littérature britannique, j’ai donc découvert plusieurs auteurs que je ne connaissais pas.

Les personnages sont très réalistes. La reine d’abord. Elle est au début exactement comme on l’imagine : hautaine, distante, insensible… Puis au fur et à mesure du roman, ses lectures la font changer. Elle devient plus humaine, moins protocolaire. Elle nous montre la puissance de la lecture et des livres. Ils ouvrent sur le monde, sur les sentiments humains, sur « la vraie vie » comme dit la reine. La lecture lui change son caractère. Je suis tout à fait d’accord avec ce postulat et en tant que professeur documentaliste je me désole de voir que mes élèves ne lisent presque plus.
Les autres personnages sont plus anecdotiques. On trouve un jeune page qui guide la reine dans sa nouvelle passion, un duc, mari de la reine, complètement absent et lointain et surtout un secrétaire particulier qui aime l’ordre et le protocole. L’entourage de la reine est plutôt présenté comme négatif pour celle-ci. Elle est présentée comme une héroïne qui brave les interdits !

Le livre est assez court ce qui permet à l’auteur d’aller droit au but ! Je n’y ai pas trouvé de longueurs. Il est très bien rythmé car centré sur l’évolution psychologique de la reine.

Un roman très agréable que je recommande !

Et je danse aussi, de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

imagesPourquoi ce livre ?

Tous les professeurs documentalistes connaissent ces deux merveilleux auteurs jeunesse. J’étais très curieuse de lire un roman écrit en commun. Un roman qui n’est pas destiné aux enfants qui plus est ! En plus, ma belle-mère l’a lu et l’a beaucoup aimé.

Quatrième de couverture

Un mail comme une bouteille à la mer. D’ordinaire, l’écrivain Pierre-Marie Sotto ne répond jamais aux courriers d’admirateurs. Mais cette Adeline Parmelan n’est pas une « lectrice comme les autres ». Quelque chose dans ses phrases, peut-être, et puis il y a cette épaisse et mystérieuse enveloppe qu’elle lui a fait parvenir – et qu’il n’ose pas ouvrir. Entre le prix Goncourt et la jeune inconnue, une correspondance s’établit qui en dévoile autant qu’elle maquille, de leurs deux solitudes, de leur secret commun…  »

Avis

Ce roman est un roman épistolaire. Enfin, ce sont des échanges par mails. Je ne sais pas si on utilise toujours cet adjectif quand on parle de mails. La question se posera de plus en plus je pense. Ce n’est pas un genre que j’apprécie particulièrement même s’il est vrai que je n’en ai pas beaucoup lu. D’ailleurs, le seul qui m’a vraiment marqué est Les liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos et cette lecture remonte à très loin.
J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans celui-ci. Passer d’un point de vue à un autre très rapidement est un exercice très exigent. Il faut s’accrocher. Et surtout, il faut suivre ! Mais ce petit exercice est devenu naturel. J’ai même fini par apprécier ce style et j’avais hâte de retrouver les personnages à chaque lecture.
D’après ce que j’ai compris, le procédé d’écriture est très original. Les auteurs s’envoyaient des mails sans se concerter. Ils ont monté le roman au fur et à mesure de leur imagination. Et cela ne se voit pas du tout. Le roman est cohérent et bien mené.

Une jeune femme poste un manuscrit à un écrivain. Celui-ci ne veut pas le lire et lui envoie un mail pour l’en informer. Commence alors une correspondance entre les deux. Ce début m’a semblé très banal et j’ai eu très peur de m’ennuyer. Mais très vite, on découvre qu’à travers cet échange se joue plus qu’une correspondance. Adeline et Pierre-Marie, les deux protagonistes se livrent de plus en plus et au milieu du roman un énorme secret est révélé. Ce retournement de situation est très bien amené par les auteurs. Le suspens monte petit à petit et quand enfin on a les réponses à nos questions, on est autant soulagé que les personnages eux-mêmes.
Les thèmes de ce roman sont très forts puisqu’on y trouve de l’amour mais aussi la trahison, la solitude et l’amitié. Ces thèmes se marient à merveille et forment un roman très poignant. Cependant, on ne fait pas que pleurer dans ce roman. Il y a de l’humour et j’ai beaucoup ri !

J’ai aimé les personnages de ce roman. Au fil des lettres, leur caractère se dévoile. On les découvre petit à petit et de façon très subtile.
Pierre-Marie est un homme d’une soixantaine années, un écrivain « goncourisé » en plein syndrome de la page blanche. Il est meurtri par un gros chagrin d’amour. C’est un homme très touchant que j’ai adoré découvrir. Il est très solitaire mais pourtant entouré par une énorme famille très aimante. Adeline est un personnage beaucoup plus complexe. Impossible de la cerner tant elle brouille elle-même les pistes. Je ne sais pas si je la trouve attachante, même une fois le roman fini. Elle mélange dans ses mails la vérité et le mensonge. Elle semble très obscure, très négative. Mais finalement, elle se dévoile et on se rend compte que c’est elle aussi un personnage meurtri et malheureux. Elle est encore plus seule que Pierre-Marie.

Par contre, je suis très déçue du style d’écriture des deux auteurs. Je l’ai trouvé très banal. Plusieurs fois, Pierre-Marie vante la magnifique écriture d’Adeline et bien je ne suis pas d’accord du tout. Même s’il s’agit d’un échange de mails, je trouve qu’ils auraient pu y mettre plus de style.
De même, j’ai trouvé la fin trop facile. Il aurait été pour moi plus subtile de ne pas donner d’explications.

Je recommande ce roman qui m’a vraiment surpris. Je l’ai lu en trois soirées tant il m’a tenu en haleine !

Emily

Ma bonne résolution de 2017 : je reprends vraiment le blog !

Jamais je n’aurais cru qu’être enceinte me mangerait ma concentration ! Voilà la raison de ma si longue absence sur le blog. Depuis neuf mois, je n’ai lu que quatre livres. Je les ai lu péniblement, en traînant des pieds. Depuis le début de ma grossesse, je n’arrive plus à me concentrer. Je ne sais pas d’où ça vient mais c’est très handicapant. L’envie de lire s’est également envolée durant cette période. J’ai remplacé la lecture de livres par la lecture de revues comme « Parents ». Je pense que mon esprit était bien occupé par d’autres choses…

Depuis le début du neuvième mois, l’envie est revenue ! La concentration suivra j’espère. Quoi qu’il en soit, écrire sur le blog me manque. Je formule donc la résolution de reprendre ce petit blog que j’aime tant.

Je ne vais pas reprendre une par une mes dernières lectures mais plutôt vous donner mes impressions.

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D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Quatrième de couverture : « Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»

Avis : J’ai beaucoup aimé ce roman. J’adore le style d’écriture de cette auteure. Il est à la fois simple mais très littéraire. Ce roman est un thriller psychologique très efficace. Il vous tient en haleine jusqu’à la fin.

La qualité première de cette histoire est d’après moi due au développement des personnages et notamment de L. C’est un personnage à la fois très séduisant et très obscure. Tout au long du roman on se pose des questions sur ce personnage. Nous sommes totalement subjugués par cette femme. C’est la première fois que je me laisse totalement avoir et que je me méfie autant d’un personnage de roman !

Seule la fin m’a déçue. Je l’ai trouvé trop simpliste et trop facile. Dommage, car Delphine de Vigan est capable de mieux.

la-fortune-des-rougon_couvLa fortune des Rougon, Emile Zola

J’ai pour ambition de changer de discipline. Je voudrais passer de professeur documentaliste à professeur de Lettres. Dans cette optique, je relis des classiques. J’ai choisi de commencer par le premier roman de la saga des Rougon-Macquart. En effet, je connais très bien cette saga mais je n’avais jamais lu sa genèse. C’est chose faite et je ne le regrette pas !

Résumé : Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d’Etat d’où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d’amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d’eux, c’est aussi la naissance d’une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide.

Avis : J’avais oublié comme il était fastidieux de lire un roman naturaliste. L’écriture est très exigeante et les nombreuses descriptions ne facilitent pas la concentration ! Il m’a fallu un petit peu de temps pour me plonger dans ce roman. Mais une fois ré-habituée à l’écriture classique du XIXe siècle, le roman m’a complètement happée.

J’ai aimé le développement très complexe de tous les personnages. Chaque membre des familles de ce roman a son histoire, son caractère, sa psychologie… Certains sont attachants alors que d’autres sont détestables.

J’ai aimé comprendre la genèse de cette saga. Tout découle d’une femme et de deux hommes. J’ai hâte de reprendre chaque roman pour pouvoir mieux les comprendre.

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Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi

Quatrième de couverture : Printemps 1981, dans une cité d’un “quartier” de Toulouse, un rebeu atypique qui s’idéalise en poète de la racaille escalade une montagne nommée “baccalauréat” : du jamais vu chez les Sarrasins.

Avis : Quelle claque ce roman ! Je l’ai adoré !

L’écriture de Magyd Cherfi est juste magnifique. Elle est poétique, exigeante et intelligente. C’est une magnifique œuvre littéraire. J’ai été bluffée par ce style. Je ne m’y attendais pas du tout. Je savais que  Magyd Cherfi était un bon écrivain, mais à ce point !

L’histoire m’a également vraiment touchée. J’ai vécu en banlieue parisienne très dure. Mais j’y ai vécu en tant que jeune fille blanche. J’ai beaucoup aimé découvrir la vie en banlieue d’un « beur » comme l’auteur s’appelle lui-même dans le roman. J’ai été surprise de découvrir tant de colère et de violence. J’ai réalisé à quel point j’ai été protégée par mes professeurs et mon origine. L’auteur nous livre son enfance sans concession et on s’attache à ses personnages. On les aime même.

Le roman de Magyd Cherfi nous montre que la vie n’est pas aussi simple que le diptyque du bien ou du mal, du blanc ou du noir. Elle est tout en nuances et ces nuances dans le roman de Magyd Cherfi sont magnifiques.

Emily

 

Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel

couv668366Pourquoi ce livre ?

C’est vers l’âge de douze ans que j’ai lu mon premier livre d’Agatha Christie. C’est à cette époque que j’ai découvert le plaisir de la lecture et comme ma maman adorait lire, sa passion est devenue contagieuse. J’étais en week-end chez mon oncle et ma tante mais à court de lecture. Mon oncle m’a donc mis entre les mains un gros livre qui regroupait quatre romans d’Agatha Christie et même si ce n’était pas ses plus connus, j’ai adoré  ! J’ai alors entamé un long cycle Agatha Christie, empruntant tous les livres disponibles à la bibliothèque. C’est pourquoi, lorsque j’ai vu ce titre je n’ai pas hésité un instant. L’évocation de cette auteure me replonge à coup sûr dans mes souvenirs d’enfance.

Résumé

En décembre 1926, Agatha Christie disparaît pendant onze jours. De ces onze jours on ne sait rien encore aujourd’hui. Brigitte Kernel s’est donc amusée à inventer ce qui a bien pu se passer. Elle imagine et nous présente une Agatha Christie intime et malheureuse.

Avis

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas trop aimé ce livre. Pourtant, il était plein de promesses :

Tout d’abord, le style de l’auteure. Elle a su s’immerger dans l’époque d’Agatha Christie. On retrouve l’atmosphère de ses livres. Cette ambiance anglaise et bourgeoise qui leur donne tant de charme et nous dépayse à coup sûr. Les décors sont sublimes : grand hôtel de luxe anglais, bains turcs, et tout ça dans une station balnéaire typiquement anglaise. On se croirait dans l’Angleterre d’Agatha Christie. Son écriture est tout autant raffinée que celui de la grande romancière. Pas de difficulté à lire ce roman qui est bien écrit.

Ensuite, le thème. Découvrir Agatha Christie dans son intimité est une idée très séduisante. Je ne connais rien de sa vie et je ne connaissais pas du tout cette histoire de disparition. Cela m’a énormément intrigué et à mon avis, c’est très malin d’avoir fait un roman sur cette partie de sa vie. Que s’est-il passé durant ces onze jours ?

Mais malheureusement, cela ne fonctionne pas. Déjà, le livre manque cruellement de rythme. Je l’ai trouvé long, très long. Les monologues intérieurs d’Agatha tournent en rond. Elle ressasse éternellement les mêmes choses. Bien sûr, cela fait partie de l’histoire et du personnage (Agatha est trompée par son mari), mais j’ai eu la sensation que le personnage n’évoluait pas. On a envie de la secouer pour lui faire reprendre ses esprits.

Puis, je suis une femme du XXIe  siècle. J’ai donc eu un peu de mal a éprouver de la compassion pour cette épouse complétement soumise à son mari. Elle ne vit que pour lui et son désespoir quand il veut la quitter est pathétique. Elle décide volontairement de disparaître, pas pour se venger d’un mari volage qui se moque d’elle mais pour lui faire ressentir le manque et pour qu’il comprenne qu’il l’aime toujours. Jusqu’au bout elle n’aura que ça en tête et c’est vraiment fatiguant !

Enfin, l’histoire ne tient pas la route. J’ai eu du mal à y croire. Comment une romancière si connue et à la une de tous les journaux peut ne pas être reconnue? Ah oui, elle s’est coupée la frange ! C’était vraiment trop gros. Et au final, il n’y a pas vraiment d’histoire. Agatha se cache de son mari et de la police dans un grand hôtel. Voilà, c’est tout…

J’ai trouvé dommage de donner une histoire si banale (une femme meurtrie par son mari ) à une si grande dame du roman policier. Quitte à imaginer un épisode inconnu de sa vie, j’aurais aimé des mystères, des aventures et des rebondissements !

Emily

Un été au Kansai, de Romain Slocombe

892422Pourquoi ce livre ?

J’ai découvert ce livre sur le blog de Luocine. Sa chronique m’a donné très envie de le lire. En effet, le roman mélange deux thèmes que j’aime particulièrement : le Japon et l’histoire. J’étais donc très curieuse de découvrir ce texte.

Résumé :

Un journaliste allemand enquête sur d’anciens criminels nazis. Il s’intéresse à Friedrich Kessler, en poste à l’ambassade allemande au Japon pendant la Seconde Guerre Mondiale. Sa sœur confie au journaliste les lettres qu’il lui a envoyé tout au long de  ces années pour l’aider à mieux comprendre qui il était. On découvre alors un homme délicat, sensible à la culture japonaise qui oscille entre la critique et l’approbation du parti nazi.

Avis :

Ce  livre est pour moi l’image même du fait que la vie n’est pas noire ou blanche. C’est d’ailleurs ce que j’ai préféré dans le roman. Le personnage principal du roman n’est pas un nazi tel que nous français, nous nous les représentons. Il doute souvent du bien fondé de la politique du parti nazi tout en l’approuvant et surtout tout en restant patriote.

A travers ses lettres, plusieurs thèmes sont évoqués. Le premier est bien évidemment la vie au Japon. Même si l’auteur reste dans les clichés (les temples, les geishas…) il est très plaisant de se plonger dans le quotidien des japonais. Friedrich découvre la culture à travers son regard d’européen. Il enchaîne les regards amusés ou les regards affligés. Il découvre également l’art à travers les estampes d’Hiroshige.
Le second thème est le quotidien d’un allemand en pays étranger. On découvre la vie dans une ambassade : les querelles pour le pouvoir, les amitiés et surtout la vie entre expatriés. Même à l’autre bout du monde, Friedrich et ses compatriotes se sentent supérieurs au monde entier et particulièrement aux japonais. Il rencontre de « vrais » nazis qui tiennent des propos insupportables.
Le troisième thème est la guerre. Évidemment, les japonais sont engagés avec l’axe. Il est très intéressant de voir comment la population réagit à la guerre. Les japonais (comme les allemands) sont complétement embrigadés et n’imaginent pas un instant perdre. C’est la situation géographique qui leur fait croire qu’il n’y aura pas d’attaque sur leur sol. Ainsi, on apprend par exemple, qu’il n’y a quasiment aucun abris souterrain et qu’il est recommandé de se cacher dans les placards en cas d’attaque aérienne ! Les scènes d’attaque sont décrites dans les moindres détails et il est parfois difficile de continuer sa lecture.

Le fait que ce roman soit épistolaire, écrit à la première personne, nous permet de nous identifier complètement au personnage de Friedrich. Par contre, l’auteur a voulu faire un parallèle entre la situation à Tokyo et celle à Berlin. Du coup, il a intégré dans les lettres des reprises des mots de la sœur de Friedrich (nous ne lisons jamais ses lettres à elle) et de ce fait, cela sonne faux. C’est vraiment trop artificiel. Pourtant, l’idée de comparer les deux pays en guerre dans leurs tourments était une très bonne idée. C’est dommage.

Certaines lettres m’ont profondément émue mais d’autres profondément ennuyée. J’ai trouvé ce livre très inégal.

Malgré ces petits bémols, je ressors de cette lecture en ayant l’impression d’avoir partagé le quotidien des japonais pendant la guerre. J’ai appris un volet de notre histoire qui est rarement évoqué dans les pays vainqueurs. Et pourtant, avec le recul que l’on a aujourd’hui, il m’apparaît qu’un tel roman est essentiel. Tous les pays engagés dans la guerre ont souffert et il est important de le rappeler.

Extrait :

« Savez-vous, Friedrich, ce que mon fils m’écrit dans sa dernière lettre ? « Un jour que j’étais allongé sur le ventre en forêt, sous un feu d’artillerie nourri, un oiseau s’est mis à chanter au-dessus de ma tête… Je haïssais cet oiseau. Je pensais qu’il continuerait à chanter pendant que moi, j’allais mourir sur place… » Je sais ce que mon fils ressent. Dans ces moments-là, on veut vivre, seulement vivre, rien que vivre. Mais au fond de mon cœur j’ai la certitude qu’il ne reviendra pas. »

Emily

Eva, de Simon Liberati

Eva Simon Liberati

Pourquoi ce livre ?

En flânant à la médiathèque, mon compagnon est tombé sur ce livre. Il en a entendu de bonnes critiques et du coup me l’a proposé. J’avais vu My little princess réalisé par Eva Ionesco, film inspiré de son horrible enfance. Du coup, hop, dans mon sac.

Quatrième de couverture

Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».
Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de paparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.
C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.
Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.

Avis

Je vais immédiatement parler du style de l’auteur. Au bout des cinquante premières pages je me suis dit : »quel talent ! ». En effet, l’écriture est magnifique. Le rythme des phrases est parfaitement maîtrisé et chaque mot est savamment réfléchi. Du texte se dégage une impression de poésie. Simon Liberati est un poète qui écrit en prose. Oui, mais le problème c’est que le livre ne fait pas que cinquante pages. Ce style qui au début m’est apparu magnifique a fini par être pesant. En plus, il y a beaucoup trop de références littéraires. C’est usant ! Cela en devient pompeux. J’en suis arrivée à me dire que Simon Liberati a écrit ce livre pour se lire lui-même. Le texte me donne l’impression que l’auteur a privilégié la forme au fond.

En effet, il n’y a pas vraiment d’histoire dans ce roman. Contrairement à ce qu’on attend, l’enfance d’Eva n’est que très brièvement évoquée. Si vous ne connaissez pas son histoire, elle est très glauque. La mère d’Eva, Irina Ionesco, est photographe. Dès le plus jeune âge, elle a photographié sa fille dans des postures et situations « érotiques »(c’est le terme évoqué dans les années 70, mais aujourd’hui on dirait pédophiles). Elle l’a également fait tourner dans des films pornographiques dés l’âge de dix ans et pour couronner le tout, elle l’a prostitué à partir du même âge.

Le thème de ce roman est plutôt l’amour que porte l’auteur à Eva. Et c’est pourquoi on peut parler d’un très long poème. Au bout de cinquante pages, on a compris qu’il l’aimait !
Évidemment, je suis de mauvaise foi puisque d’autres thèmes sont évoqués. Le premier est l’écriture. L’auteur partage avec nous le processus qui l’amène à écrire ce livre sur sa femme. Il comprend également les liens qui unissent Eva et Marina, le personnage du premier roman de Liberati. Ce personnage le hante et donc à travers lui, c’est sa femme qui est omniprésente dans sa vie. Le thème de la rencontre et des premiers moments d’un couple est également très intéressant mais trop peu exploité.

Le personnage d’Eva est exactement ce qu’on attendait. Elle est détruite et pétrie d’angoisses. Et j’ai vraiment regretté que son caractère ne soit pas plus traité. Je pense que la question du comment se remet-on d’une enfance comme celle qu’a vécu Eva aurait pu être la question centrale du roman. C’est d’ailleurs ce que j’aurais aimé lire. Le peu de détails que l’auteur nous révèle sont horribles et on aurait largement pu s’en passer. Moi, j’aurais aimé comprendre la Eva adulte.

L’image d’Irina est évoquée tout au long du roman mais elle reste floue. Elle plane au-dessus de sa fille et du couple sans jamais avoir de fonction concrète.

Ce roman n’est donc pas un roman sur Eva, mais sur Simon Liberati. Sur l’amour que lui lui porte, sur son métier d’écrivain et sur ses sentiments. En finissant ce livre, je me dis que cet auteur nous livre un texte très narcissique et franchement, les auteurs qui se regardent écrire, ce n’est pas du tout ce que j’aime.

Extrait

« Cette foi en l’amour n’était pas morte pendant toutes les années intermédiaires mais elle s’était déplacée dans le domaine de l’art. Je croyais en la littérature, je lui avais juré fidélité et l’élue de ce vœu, cette part communiste de moi qui tendait au sublime en général souffrait de se voir préférer une seule femme, fût-elle aussi poétique et romanesque qu’Eva. La seule issue que j’ai trouvée à ce dilemme, était de prendre l’objet de mon amour, Eva, et d’en faire un livre, EVA. »

Emily

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker

La_Verite_sur_l_Affaire_Harry_QuebertPourquoi ce livre ?

Cela fait bien longtemps que j’ai envie de lire ce livre. J’ai entendu énormément de critiques positives à sa sortie en 2012. Il a également reçu deux prix importants : le Goncourt des lycéens et le prix du roman de l’académie française. J’aime beaucoup lire les livres primés par les lycéens. Je ne suis jamais déçue. J’ai par exemple adoré Le quatrième mur de Sorj Chalandon sorti en 2013.

Résumé

Au printemps 2008, le corps de Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans disparue en 1975, est retrouvé enterré sur la propriété d’Harry Quebert, son amant de 20 ans son aîné. Celui-ci est immédiatement arrêté et emprisonné en attendant son procès.
Marcus Goldman est un écrivain à succès. Son premier livre s’est merveilleusement bien vendu. Mais alors qu’il doit écrire le second, l’inspiration lui manque. Son éditeur lui met alors la pression pour qu’il écrive sur « l’affaire Harry Quebert ».
En effet, les deux hommes sont très amis. Marcus a été formé à l’écriture par Harry, considéré comme l’un des plus grands écrivains américains. Il le considère comme son mentor. Convaincu de son innocence, celui-ci va mener l’enquête.

Avis

Il va être très difficile de faire cette critique car il ne faudrait pas que je vous dévoile les moments clés de l’intrigue.

En effet, ce livre est un roman policier assez classique : une jeune fille est morte et le personnage principal enquête pour trouver son meurtrier. J’aime beaucoup ce genre. Petite, je dévorais les romans d’Agatha Christie ! Mon oncle possédait la collection entière de ses livres et je passais toutes mes vacances à les lire. Ce que j’aime dans ce genre c’est le processus qui amène l’enquêteur à la vérité. Je suis servie ici puisque ce livre décortique chaque preuve, chaque cheminement intellectuel qui conduit au meurtrier.

Mais ce qui rend le roman particulièrement intéressant, c’est la description du processus de création littéraire. Marcus est un écrivain victime du syndrome de la page blanche. Son désarroi au début du roman m’a beaucoup émue. Comment contrer cette « maladie » comme il l’appelle. Les écrivains sont bien désemparés quand l’inspiration se tarie.

Le roman oscille sans arrêt entre le présent et l’enquête, en 2008 et des flash-back d’avant la mort de Nola, en 1975. Ce procédé nous permet de mieux comprendre les personnages du roman. Ainsi, les échos de 1975 répondent aux découvertes de 2008.

Les personnages du roman sont extrêmement complexes et c’est ce qui en font leur richesse. A commencer par Harry Quebert. Il va évoluer tout au long du roman. En effet, il est d’abord vu à travers les yeux de Marcus. Ce dernier l’idéalise et l’admire. Petit à petit, l’écrivain va découvrir qui est le vrai Harry. Il est d’abord un amoureux transit. Un amoureux de 35 ans qui est fou d’une adolescente de 15 ans. Et c’est ce qui m’a énormément gêné dans ce livre. Certes quelques voix s’élèvent pour dénoncer le caractère pédophile du personnage mais finalement, le livre nous offre une très belle histoire d’amour. Une histoire d’amour ! Entre un homme et une adolescente…

Nola, est un vrai coup de cœur. J’ai adoré rencontrer ce petit bout de femme prête à tout pour son homme, même si je dois avouer que j’ai dû faire beaucoup d’efforts pour oublier l’âge de son amoureux.

Le livre est très rythmé puisqu’il y a énormément de rebondissements. Trop même. A deux, trois moments je me suis dit « ah ok, c’est lui le meurtrier, ça se tient » et non, un rebondissement fait de nouveau avancer l’enquête. Et ça devient lassant. Il y a trop de retournements de situation. Tout comme les personnages. A la fin du livre on se rend compte qu’aucun des personnages n’étaient comme Marcus le pensait au début du roman. C’est trop.

J’ai également détesté les redites du livre. En effet, nous lisons un livre sur le livre que Marcus écrit. Du coup, Joël Dicker reprend plusieurs fois des passages de son roman pour en faire des passages du roman de son personnage. Et bien, relire des passages que j’ai déjà lu m’a énormément ennuyé.

Malgré tout, ce livre est véritablement un « page turner ». Impossible de le lâcher avant de connaître le meurtrier de cette jeune fille. Par contre, je ne comprends pas l’engouement des prix littéraires pour ce livre. Je n’ai pas trouvé que Joël Dicker avait une écriture particulière. Et l’histoire est franchement très classique.

Une lecture en demi-teinte donc. Je ne suis pas sure de lire le tout nouveau de cet auteur.

Emily