Un été au Kansai, de Romain Slocombe

892422Pourquoi ce livre ?

J’ai découvert ce livre sur le blog de Luocine. Sa chronique m’a donné très envie de le lire. En effet, le roman mélange deux thèmes que j’aime particulièrement : le Japon et l’histoire. J’étais donc très curieuse de découvrir ce texte.

Résumé :

Un journaliste allemand enquête sur d’anciens criminels nazis. Il s’intéresse à Friedrich Kessler, en poste à l’ambassade allemande au Japon pendant la Seconde Guerre Mondiale. Sa sœur confie au journaliste les lettres qu’il lui a envoyé tout au long de  ces années pour l’aider à mieux comprendre qui il était. On découvre alors un homme délicat, sensible à la culture japonaise qui oscille entre la critique et l’approbation du parti nazi.

Avis :

Ce  livre est pour moi l’image même du fait que la vie n’est pas noire ou blanche. C’est d’ailleurs ce que j’ai préféré dans le roman. Le personnage principal du roman n’est pas un nazi tel que nous français, nous nous les représentons. Il doute souvent du bien fondé de la politique du parti nazi tout en l’approuvant et surtout tout en restant patriote.

A travers ses lettres, plusieurs thèmes sont évoqués. Le premier est bien évidemment la vie au Japon. Même si l’auteur reste dans les clichés (les temples, les geishas…) il est très plaisant de se plonger dans le quotidien des japonais. Friedrich découvre la culture à travers son regard d’européen. Il enchaîne les regards amusés ou les regards affligés. Il découvre également l’art à travers les estampes d’Hiroshige.
Le second thème est le quotidien d’un allemand en pays étranger. On découvre la vie dans une ambassade : les querelles pour le pouvoir, les amitiés et surtout la vie entre expatriés. Même à l’autre bout du monde, Friedrich et ses compatriotes se sentent supérieurs au monde entier et particulièrement aux japonais. Il rencontre de « vrais » nazis qui tiennent des propos insupportables.
Le troisième thème est la guerre. Évidemment, les japonais sont engagés avec l’axe. Il est très intéressant de voir comment la population réagit à la guerre. Les japonais (comme les allemands) sont complétement embrigadés et n’imaginent pas un instant perdre. C’est la situation géographique qui leur fait croire qu’il n’y aura pas d’attaque sur leur sol. Ainsi, on apprend par exemple, qu’il n’y a quasiment aucun abris souterrain et qu’il est recommandé de se cacher dans les placards en cas d’attaque aérienne ! Les scènes d’attaque sont décrites dans les moindres détails et il est parfois difficile de continuer sa lecture.

Le fait que ce roman soit épistolaire, écrit à la première personne, nous permet de nous identifier complètement au personnage de Friedrich. Par contre, l’auteur a voulu faire un parallèle entre la situation à Tokyo et celle à Berlin. Du coup, il a intégré dans les lettres des reprises des mots de la sœur de Friedrich (nous ne lisons jamais ses lettres à elle) et de ce fait, cela sonne faux. C’est vraiment trop artificiel. Pourtant, l’idée de comparer les deux pays en guerre dans leurs tourments était une très bonne idée. C’est dommage.

Certaines lettres m’ont profondément émue mais d’autres profondément ennuyée. J’ai trouvé ce livre très inégal.

Malgré ces petits bémols, je ressors de cette lecture en ayant l’impression d’avoir partagé le quotidien des japonais pendant la guerre. J’ai appris un volet de notre histoire qui est rarement évoqué dans les pays vainqueurs. Et pourtant, avec le recul que l’on a aujourd’hui, il m’apparaît qu’un tel roman est essentiel. Tous les pays engagés dans la guerre ont souffert et il est important de le rappeler.

Extrait :

« Savez-vous, Friedrich, ce que mon fils m’écrit dans sa dernière lettre ? « Un jour que j’étais allongé sur le ventre en forêt, sous un feu d’artillerie nourri, un oiseau s’est mis à chanter au-dessus de ma tête… Je haïssais cet oiseau. Je pensais qu’il continuerait à chanter pendant que moi, j’allais mourir sur place… » Je sais ce que mon fils ressent. Dans ces moments-là, on veut vivre, seulement vivre, rien que vivre. Mais au fond de mon cœur j’ai la certitude qu’il ne reviendra pas. »

Emily

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