La renverse, d’Oliver Adam

41nV38ROaML._SX195_Pourquoi ce livre ?

J’aime beaucoup Olivier Adam. J’ai déjà lu de lui Je vais bien ne t’en fais pas, Le cœur régulier et Kyoto Limited. J’ai été très touchée par ces trois romans. J’aime la façon dont à chaque fois il se réinvente tout en exploitant ses sujets de prédilection : la famille, la crise d’identité… Bien évidemment, nous avons un point commun : le Japon. Ce pays est le cadre de plusieurs de ses livres. Il a même eu la chance d’y vivre et d’y travailler.

Résumé

Pour une fois, je vais recopier la quatrième de couverture. En effet, je ne vois pas du tout comment faire moi-même un résumé…

Antoine, 25 ans, employé de librairie en Bretagne, apprend la mort de Jean-François Laborde : personnalité politique célèbre, ancien maire et ancien ministre, sa carrière avait été entachée dix ans plus tôt par une affaire de viols et d’abus sexuels à laquelle la mère d’Antoine, Cécile Brunet, avait été mêlée. Obligé de se replonger dans ce trouble passé, Antoine devient acteur de sa propre vie.

Avis

Je vais d’abord commencer par évoquer le style de l’auteur tant celui-ci est singulier. Le texte est écrit à la première personne, sous le point de vue subjectif d’Antoine, le personnage principal. Tout au long du roman ce n’est que sa voix que nous « entendons ». En effet, les dialogues sont inexistants. Il n’y a que du discours rapporté. C’était la première fois que je lisais un roman sous cette forme. L’auteur a bien évidemment, par ce biais, voulut nous immerger complétement dans la tête d’Antoine. Durant tout le roman, toute l’histoire nous sera donnée par l’intermédiaire de ce personnage et donc à travers son regard, ses sentiments, son ressenti et même ses relations avec les personnages du romans. Les phrases sont parfois courtes, parfois longues, parfois embrouillées. Elles reflètent l’état d’esprit du narrateur.

Le thème ici est très lourd. Le roman s’ouvre sur un Antoine adulte qui vit en Bretagne au bord de la mer. Vivre est un bien grand mot. Il survit surtout. Quand la mort de Jean-François Laborde, l’amant de sa mère qui l’a entraînée avec lui dans une sombre affaire de mœurs, survient, il va se remémorer son adolescence et toute l’affaire.  Antoine vit dans une petite ville de banlieue une vie qu’il pense banale et sans intérêt particulier. Il est surtout dans une sorte de bulle, refermé sur lui-même. Il ne se rend absolument pas compte de ce qui se passe autour de lui. Cette histoire sordide se dévoile petit à petit au lecteur. Elle explique bien évidemment le caractère d’Antoine adulte : une vie instable où il ne fait pas bon s’attacher aux gens. La crise identitaire est le premier thème que traite l’auteur dans ce roman. Antoine a été plus touché qu’il ne pensait par ce qui s’est passé dans son adolescence. Mais surtout, je crois que la question centrale de ce roman est dans quelle mesure ce sont nos parents qui font de nous ce que nous sommes.

En effet, cette question est abordée à travers trois personnages : Antoine, son frère Camille et enfin Laetitia, la fille de Jean-François Laborde. C’est le personnage de Camille qui est le plus touchant. Il est complétement détruit par ses parents. Pas seulement à cause de l’affaire mais surtout à cause de leur égoïsme. Il choisit la fuite. Laetitia, elle, est en révolte contre son père. Elle le rejette complétement. Toutes ses actions la dégoute. Elle choisit également la fuite. Antoine sort enfin de sa bulle, alerté par Camille et Laetitia. Il reste cependant spectateur de ce qui se déroule sous ses yeux. Il fuit aussi mais par amour. La décision ne lui appartient pas. Il suit encore le mouvement.

Ces parents sont jugés très sévèrement par Olivier Adam. A un endroit du livre, un personnage explique que les parents issus de la génération 68 sont égoïstes. Ils ne vouent pas leur vie à leurs enfants mais à leur propre personne. La seule image paternelle positive que l’on retrouve dans le texte est celle du patron de la librairie dans laquelle travaille Antoine. Et pourtant, sa vraie fille ne lui parle plus. Comme si ces adultes étaient incapables de s’occuper convenablement de leurs enfants.

La relation entre Antoine et son frère m’a particulièrement émue. Comment dans un tel environnement, les deux frères peuvent-ils s’entre-aider ? Comment ne pas se laisser aller à l’égoïsme pour se protéger ? Comment penser à l’autre quand on est blessé et triste ? Antoine n’a pas la réponse. C’est son plus grand regret.

La fin est merveilleusement optimiste et belle ! Finalement, ce livre dur et triste ne serait-il pas une fabuleuse ode à la vie ?

Extraits

« La renverse: période de durée variable séparant deux phases de marée ( montante ou descendante ) durant laquelle le courant devient nul ».

« Tu vois, je te le dis, une génération pourrie jusqu’à la moelle. Corrompue jusqu’à l’os. Seulement préoccupée de son petit pourvoir, de sa position. De sa propre personne. »

« J’ai pris le sentier longeant les falaises. Quelques fleurs de bruyère résistaient encore, parmi les premiers ajoncs et les restes de fougères brûlées par le froid. Je suis resté un moment là-haut, le temps de griller les cigarettes qui me faisaient office de petit déjeuner, de m’emplir les poumons de goudron et d’iode congelé. Tout était parfaitement figé dans la lumière acidulée du matin. Au loin, un kayak glissait sur les eaux tout à fait lisses, d’un bleu tendre de givre, semées d’îlots où somnolaient des cormorans frigorifiés, luisants et noirs, comme recouverts de pétrole. »

Le défi livresque d’avril de Pocket jeunesse

8) Conseiller un livre : Je recommande chaudement ce livre.
25) Lire un livre qui vous émeut : ce livre m’a énormément touchée.
30) Lire un livre d’un auteur que vous avez déjà lu : et j’en lirais d’autres.

Emily

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