Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre

Pourquoi ce livre795410

J’ai évidemment choisi de lire ce livre grâce à la sortie du film d’Albert Dupontel. Lorsque Pierre Lemaitre a eu le Goncourt en 2013 j’ai été très effrayée par le grand nombre de pages. Je n’avais pas envie à ce moment-là de lire un pavé. J’avais alors préféré lire la BD qui m’avait pas mal plu mais dont je n’ai aucun souvenir ! Et pourtant à l’époque j’avais conclu en disant que je ne lirais pas le livre. J’ai bien fait de changer d’avis !

Résumé

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Avis

Ce grand nombre de pages qui m’avait tant effrayée à sa sortie a été avalé en un rien de temps tant ce roman est facile à lire. Tout d’abord l’écriture de Pierre Lemaitre est remarquable. Elle est simple et très accessible. Et pourtant, l’auteur a son propre style, ses propres tournures de phrases. Une écriture que je n’avais encore jamais lue. J’aime surtout la façon dont il parle de ses personnages, dont il nous les décrit.

L’histoire ensuite est passionnante. Moi qui adore les romans historiques, j’ai été bien servie ! Le thème de l’après Première Guerre Mondiale est certes original mais quand en plus il est traité de façon à démontrer l’absurdité, la cruauté ou l’indifférence de cette époque c’est encore mieux. Nous suivons les destins de cinq personnages principaux. Trois soldats rescapés de la guerre (un sergent pourri et deux poilus) et le père et la sœur d’un de ces poilus. La Grande Guerre a lié ces personnages. Leurs destins sont confondus. Le capitaine Pradelle a envoyé les soldats Edouard Péricourt et Albert Maillard comme chair à canon lors d’une des dernières batailles avant l’armistice. Edouard sauve la vie d’Albert mais perd une partie de son visage. Les deux hommes ne vont alors plus se quitter, l’un se sentant redevable, l’autre n’ayant nul part où aller. Le capitaine épouse la sœur d’Edouard et le père entre en affaire avec les deux poilus. Ce court résumé peut sembler artificiel et pourtant il n’en est rien. Pierre Lemaitre sait où il va et il nous entraîne avec plaisir avec lui.

Ses personnages sont magnifiques. Tout d’abord Edouard et Albert. Deux soldats marqués par la guerre tant physiquement que psychiquement. Tous deux sont quasi morts au front. Albert enterré vivant et Edouard le visage arraché par un éclat d’obus. Le premier développe une peur panique de l’enfermement, le second se laisse complétement aller dans la dépression et les drogues. Ils sont vraiment les personnages les plus touchants du roman. Nous les suivons d’abord furtivement dans la guerre mais c’est surtout l’après qui a intéressé Pierre Lemaitre. Pour Edouard l’après c’est l’hôpital et l’inhumanité du manque de matériel, l’inhumanité des chirurgiens qui voient en cette guerre la possibilité de faire évoluer la médecine et l’inhumanité des séquelles atroces auxquelles il va être confronté. Pour Albert l’après c’est la démobilisation et l’inhumanité du traitement que l’on réserve aux simples soldats revenus du front. Ces deux aspects de l’après-guerre m’étaient totalement inconnus. Je suis assez scandalisée du traitement de ces poilus que l’on glorifie tellement aujourd’hui mais qui à l’époque revenaient sans le sou. Pierre Lemaitre nous décrit une société où seuls les grands régnaient en maîtres sur la société et la politique. Cet aspect sociétal m’a marqué. C’est l’un des points fort de ce roman. Cela m’a donné envie de m’y intéresser plus en détails.

Mon petit bémol est pour Pradelle. Ce capitaine est le méchant à l’état brut. Trop même. Il n’y a aucune nuance chez ce personnage. Il est avide de réussite, de reconnaissance et d’argent. Il est un mari trompeur qui méprise sa femme et un homme sans cœur qui n’a aucun ami. Rien de permet de le comprendre ou de nuancer ses actes. Je trouve cela vraiment dommage car je reste persuadé que tout ne peut pas être blanc ou noir.

Je pourrais parler longuement de tous les autres personnages car chacun est une pièce maîtresse de ce roman. Ils apportent de la joie, des rires, des craintes ou font avancer l’intrigue.

Bref je suis vraiment très emballée par l’écriture de Pierre Lemaitre et j’ai hâte de lire d’autres romans de cet auteur !

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