Le coin BD [8]

Verte, Marie Desplechin et Magali Le HucheVerte

Résumé :

À onze ans, la petite Verte ne montre toujours aucun talent pour la sorcellerie. Pire que cela, elle dit qu’elle veut être quelqu’un de normal et se marier. Elle semble aussi s’intéresser aux garçons de sa classe et ne cache pas son dégoût lorsqu’elle voit mijoter un brouet destiné à empoisonner le chien des voisins. Sa mère, Ursule, est consternée. C’est si important pour une sorcière de transmettre le métier à sa fille. En dernier ressort, elle décide de confier Verte une journée par semaine à sa grand-mère, Anastabotte,puisqu’elles ont l’air de si bien s’entendre. Dès la première séance, les résultats sont excellents. On peut même dire qu’ils dépassent les espérances d’Ursule. Un peu trop, peut-être.

Avis

Cette BD est une adaptation du roman jeunesse éponyme que je n’ai pas lu mais qui m’attire énormément. L’histoire est complètement loufoque. Elle se déroule à notre époque. Les sorcières ne sont pas habillées de noir avec un chapeau pointu. Elle sont totalement intégrées dans notre société. Ainsi, Verte est une petite fille totalement normale. Elle va à l’école et a même un amoureux. Mais le problème c’est qu’elle n’aime pas être une sorcière et sa mère et sa grand-mère se sont mis en tête de lui apprendre le métier. La situation de départ est drôle et Verte est une petite fille qui a un sacré caractère !

Ce sont justement les personnages qui font la richesse de cette BD. Verte est extrêmement attachante. N’importe quelle jeune fille pourra s’identifier à elle. J’ai également adoré la grand-mère qui gère la mauvaise humeur de verte avec brio ! C’est une adorable mamie qu’on ne soupçonnerait pas du tout d’être une sorcière.

Les dessins sont un peu grossiers mais finalement, cela ne m’a pas dérangée. Les couleurs sont très vives ce qui renforce la bonne humeur qui se dégage de cette BD.

J’ai hâte de lire la suite !

Wonderland, Yugo Ishikawawonderland-1-panini

Résumé :

Yukko, une étudiante sans histoire, se réveille un matin pas plus grande qu’un pouce. Lorsque ses parents se font dévorer par leur chat, elle comprend avec horreur que tous les gens de son quartier ont subit le même sort, devenant ainsi la proie des animaux bien plus grands qu’eux.
Avec son chien Poko, Yukko décide de partir chercher de l’aide. Au cours de son périple, elle rencontre Alice, une mystérieuse guerrière qui parle une langue étrange.
Ensemble, elles vont tenter de survivre dans ce monde hostile et de découvrir la raison de leur état.

Avis :

Âmes sensibles, s’abstenir ! J’ai eu beaucoup de mal à finir ce premier tome tant il m’a mise mal à l’aise ! Le sujet est certes innovant, un quartier se réveille un matin et découvre que tous ses habitants ont rapetissé, mais les scènes sont gores et très réalistes. Il est très facile de se mettre à la place de Yukko, le personnage principal, tant l’auteur a rendu l’histoire réaliste. La scène d’ouverture où la jeune fille voit ses parents se faire tuer par un chat est terrible ! La situation est posée immédiatement. Maintenant, il va falloir survivre. L’auteur traite alors du rapport avec autrui. Essentiel à la survie mais tellement instable ! J’ai également beaucoup apprécié le mystère qui plane autour de ce rapetissement. Le point de vue adopté est celui de la jeune héroïne. Nous ne comprenons donc pas ce qui se passe. Nous la suivons et souffrons avec elle.

Les dessins sont très soignés bien que très japonais. Cependant, même si l’action se déroule au Japon, elle n’est pas trop marquée par le lieu et aurait pu se dérouler n’importe où. Seul le costume « baby doll » d’Alice (deuxième personnage principal qui prendra sûrement plus de place dans le deuxième tome) nous rappelle qu’elles sont sur l’archipel.

Je ne suis pas sûre de l’acheter pour mon prochain CDI, ou alors, il faudra faire attention aux lecteurs qui le choisiront.

Emily

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Bug – Livre 1, Enki Bilal

bug

 

Résumé de l’éditeur :

BUG, définition.

En français : se dit d’un défaut affectant un programme informatique.

En anglais : se dit d’un insecte, d’une bestiole, d’un virus…

En 2041, la Terre est confrontée brutalement et simultanément aux deux. Un homme, seul, se retrouve dans la tourmente, convoité par tous les autres…

 

Avis :

Honte à moi ! Enki Bilal est incontournable et cette BD est pourtant la première de l’auteur que je lis. C’est donc avec un œil neuf et très enthousiaste que je me suis lancé dans la lecture de ce livre.

2041, l’humanité a été vidée de toutes ses substances informatiques, « plus aucune donnée nulle part ». « Tous les disques durs sont vides », « tous les liens[..] ont disparu de manière […] inexplicables ». Bref, plus rien ne fonctionne et le chaos se généralise sur Terre. Dans le même temps, un homme, seul survivant d’une expédition spatiale, est retrouvé dans un vaisseau dans un état inquiétant. D’autant plus inquiétant qu’il semble avoir des connaissances encyclopédiques sur à peu près tout.

Postulat de départ intéressant (plus d’informatique). Mais traitement hasardeux, si ce n’est légèrement risible. Sans être un spécialiste en informatique, on sent l’auteur un peu dépassé. Outre l’idée d’une disparition pure et simple de toute donnée numérique (c’est de la SF, nous pouvons accepter ce fameux bug), plusieurs éléments m’ont fait sortir du récit.

Tout d’abord le vocabulaire utilisé. Sans rentrer dans un débat sans fin, les termes « digital » et « numérique » ne sont pas des synonymes. Les deux ont leurs partisans et même si je préfère largement le second, le premier n’étant à mon sens qu’une traduction littérale de l’anglais, l’utilisation de digital dans le domaine économique et entrepreneurial peut s’entendre. Mais les « ascenseurs numérisés » et autres « rames du réseau digitalisé », c’est un peu trop pour moi.

On sent également dès les premières planches une défiance claire envers l’outil numérique. La sempiternelle rengaine est de sortie : l’informatique ne permet pas aux gens de se parler, ils sont totalement perdus, éblouis par une vie entière faite d’abrutissement sur leurs portables. Sans parler d’une mémoire catastrophique et d’une écriture détruite par les correcteurs orthographiques. Il y a d’ailleurs dans cette BD des passages d’anthologie : des unes de quotidiens écrits après le bug. Je vous passe les détails mais je pense que l’on a bien compris l’avis de l’auteur. Un petit extrait tout de même : « que lés puristes nou’zexcuze ». Du grand art.

BUG livre 1

Concernant le dessin, on retrouve le trait si caractéristique de Bilal. Ne connaissant pas ses autres œuvres (à part les planches parues sur internet ou lors d’expositions), je trouve le tout très réussi et l’utilisation, avec parcimonie, de la couleur dans un monde fait de gris apporte un vrai plus à l’ensemble.

Sans être une catastrophe, cette BD me laisse une impression étrange. Ce n’est que le premier tome, l’auteur a posé les bases de son récit. L’idée de départ est intéressante mais l’a priori dont Bilal fait preuve peut rebuter et même être rédhibitoire. Le second livre gommera peut-être ces défauts déjà moins présents sur la fin de ce premier tome. En attendant, et pour me faire un avis plus éclairé sur Enki Bilal, je vais me plonger dans la lecture de la Trilogie Nikopol. Sait-on jamais…

 

Bug – Livre 1, Enki Bilal

Editions Casterman

11/2017 – 86 pages – 18 euros

 

Musas

La terre des fils, Gipi

la terre des fils

Résumé de l’éditeur :

On ne sait rien de ce pays dévasté, hanté par quelques survivants presque animaux, sinon qu’il y a des usines abandonnées et des terres ravagées, des étendues d’eau où surnagent des cadavres de toutes espèces. On ne sait rien, sinon que les champignons y pou

ssent encore et que les cochons s’y épanouissent dans la boue mieux que les hommes. C’est là la terre des fils. Un père et

ses fils survivent. Mutique et brusque, il leur apprend à être invincibles en bannissant toute tendresse. Le soir venu, il griffonne un carnet que les enfants illétrés, ne peuvent pas déchiffrer. A sa mort, les jeunes garçons n’ont d’autre but que de trouver quelqu’un qui puisse leur lire les lignes mystérieuses

Avis :

BD/roman graphique intégralement en noir et blanc, La terre des fils reprend un thème porteur depuis de nombreuses années : le post-apocalyptique. C’est une œuvre dépouillée mais puissante dans ses évocations. Les questions de filiation, de transmission, de religion et d’humanité sont centrales.

Face à la décadence d’un genre humain qui a abandonné tout sens moral, un père ayant connu l’ancien monde essaie d’éduquer ses deux fils à (sur)vivre et être fort. On retrouve dans ce récit des lambeaux d’altruisme à travers certains personnages bienveillants, des fanatiques du nouveau dieu Trokool ou encore des êtres prêts à toutes les compromissions afin de garder un semblant de vie.PlancheA_299328

D’une épaisseur conséquente (288 pages), l’histoire se lit rapidement. Les textes sont courts, émaillés de fautes représentant la déliquescence du langage. Les dessins, proches parfois de croquis, n’en sont pas moins magnifiques. L’effet crayonné donne un cachet unique. Il permet des représentations précises et montre tout le talent de l’auteur.

La terre des fils est une excellente BD, intense à défaut d’être originale dans son propos premier. Le dessin apporte une vraie patte et nous plonge pleinement dans cette atmosphère désolée de fin du monde.

 

La terre des fils, Gipi

03/2017 – 288 pages – 23€

Editions Futuropolis

 

Musas

Le coin BD [7]

Bergères guerrières, Jonathan Garnier et Amélie Flechais9782344016459-L

Résumé :

Voilà maintenant dix ans que les hommes du village sont partis, mobilisés de force pour la Grande Guerre. Dix ans qu’ils ont laissé femmes, enfants et anciens pour un conflit loin de chez eux… La jeune Molly est heureuse car elle peut enfin commencer l’entrainement pour tenter d’entrer dans l’ordre prestigieux des Bergères guerrières : un groupe de femmes choisies parmi les plus braves, pour protéger les troupeaux mais aussi le village ! Pour faire face aux nombreuses épreuves qui l’attendent, Molly pourra compter, en plus de son courage, sur Barbe Noire, son bouc de combat, mais également sur l’amitié de Liam, le petit paysan qui rêve aussi de devenir Bergère guerrière – même si ce n’est réservé qu’aux filles…

Avis

Tout est dit dans le résumé. L’idée de base est vraiment très drôle et bien réalisée. Les personnages sont attachants et les dessins magnifiques ! Seul point négatif, le cliffhanger de la fin. J’ai hâte de lire le tome 2 !

82f4a6b950805cd2ff854e77543e7439Les petites morts : retour vers le fémur, Davy Mourier

Résumé :

Au début il n’y avait rien. Puis, la divine Yaourtière, autrement appelée « Grand Tout », créa le monde. Mais le temps y était long. L’éternité, c’était bigrement interminable. On s’ennuyait à mourir, mais sans vraiment pouvoir trépasser. La Yaourtière créa donc la mort. C’était pratique pour arrêter de vivre mais très laborieux. Alors la Yaourtière inventa la première faucheuse et lui confia le job…

Avis :

Alors, je ne pense pas être la cible de ces BD. Autant les précédents tomes étaient sympathiques, autant celui-ci m’a laissé complétement de marbre. Les jeux de mots sont sans intérêt et surtout pas très révolutionnaires et surtout l’humour n’est juste pas drôle. Passé l’attrait du thème original, je me suis lassée. Je ne pense pas lire les suivants s’ils devaient exister.

Les petites victoires, Yvon Roy

Pourquoi ce livre ?Couv_304322

J’ai croisé ce livre sur le net. Le thème de l’autisme m’a immédiatement attiré.

Résumé

Comment dire à son fils tant désiré qu’il est le plus formidable des petits garçons malgré le terrible diagnostic qui tombe comme un couperet : autisme, troubles psychomoteurs, inadaptation sociale… C’est le combat que va mener ce père, resté uni à sa femme malgré leur séparation, pour transformer ensemble une défaite annoncée en formidables petites victoires.

Avis

Cette BD est magnifique ! Nous suivons le combat d’un papa pour dépasser l’autisme de son petit garçon. Ce combat se décline sous deux formes. D’abord un combat contre lui-même : comment accepter ce petit garçon si différent de ce qu’il attendait ? Puis, un combat contre le handicap : comment aider ce petit à ne pas rester enfermé dans sa coquille, dans son petit monde ? Comment l’ouvrir aux autres ?

Ce papa est fantastique car il décide d’opter pour ses propres méthodes tout en respectant les professionnels qui s’occupent de son garçon.

Cette BD nous relate surtout les bons moments de leur vie à deux. Même si les aspects négatifs sont abordés, ils sont dans leur grande majorité, mis de côté. Et c’est tant mieux ! J’aime cette idée de « Petites victoires quotidiennes ».

Le dessin est très beau mais je suis assez déçu du noir et blanc. La couverture est tellement belle que j’aurais aimé la retrouver lors de ma lecture. Mais le dessin ne dessert en rien cette magnifique histoire ! Car finalement, ce livre est-il une histoire sur l’autisme ou sur l’amour absolu que voue un père à son enfant ?

L’anniversaire de Kim Jong-il, Ducoudray et Aliag

Pourquoi ce livre ?9daf23794fa2260bcb6815b234785c92

C’est mon compagnon qui a ramené cette BD. Il l’a acheté pour son CDI.

Résumé

Jun Sang, né un 16 février tout comme son cher dirigeant Kim Jong-il, est un petit garçon de Corée du Nord comme tant d’autres. Très fier de son anniversaire, il vit comme on lui apprend à l’école : le grand leader veille sur lui, lui désigne ce qu’il doit faire et ceux qu’il doit haïr de toutes ses forces. Mais ce paradis et la foi indéfectible de Jun Sang en Kim Jong-il va être de courte durée…

Avis

J’ai adoré cette BD ! C’est un vrai chef d’œuvre !

Ce livre est en deux parties. Dans la première partie nous découvrons le quotidien d’un petit garçon en Corée du nord. Les privations, les sévices, la propagande énorme, la famine et la mort. J’ai trouvé cette partie incroyablement intéressante. L’endoctrinement est très bien montré. Ce petit adhère complétement et vénère Kim Il-Sung puis Kim Jong-il. Tout d’abord, nous avons l’impression d’un monde heureux et sans problème. Une belle vie paisible. Puis tout le décor se craquelle. La vérité nous saute aux yeux. Cependant il reste très fidèle à ses héros. Cela nous montre à quel point la propagande est efficace.

Puis, dans la seconde partie, les parents de Jun Sang décident de fuir en Chine. Mais rien ne se passe comme prévu et l’enfer commence vraiment. Je ne savais pas du tout quel sort était réservé à ceux qui se faisaient prendre en pleine fuite. Cette partie est très douloureuse à lire.

Le dessin est sublime. Les traits sont précis et les paysages grandioses. La première partie regorge de couleurs vives alors que la seconde partie est en noir et blanc. Procédé classique qui aide à ressentir les sentiments des personnages principaux mais qui trouve toute sa place ici.

Une BD nécessaire pour appréhender ce qui se passe vraiment en Corée du Nord.

Le coin BD (6) Irena

Irena de Séverine Tréfouël, Jean-David Morvan, David Evrard et Walter Pezzali

Résumé

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connaît, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

Avis

Cette BD est une claque ! Le thème est tellement fort ! Je me rends compte que bien que passionnée d’histoire, je ne connais pas du tout ce pan de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Et quelle horreur ! Le récit est très bien fait car il n’y a aucune sensiblerie. Les faits sont énoncés comme le scénariste les imagine. Nous découvrons l’horreur, la misère, la terreur. Mais très vite c’est l’histoire d’Irena que nous suivons. Irena est une juste qui a sauvé énormément d’enfants de la mort dans le ghetto.

Cette jeune femme est une magnifique héroïne. Elle ne se pose pas de question et agit. Tout le processus de sauvetage est très bien expliqué. Nous angoissons à chaque page pour Irena et pour ces enfants qu’elle aide. J’ai tellement pensé à ces parents qui confient leurs petits pour qu’ils aient une chance de survivre. J’ai lu cette BD à côté de ma fille qui jouait et je ne pouvais pas m’empêcher de nous imaginer à leur place.

Je ne me lasse pas de lire ces histoires sur les justes. J’aime savoir que des hommes et des femmes sont capables de risquer leur vie pour en sauver d’autres. Cela redonne foi en l’humanité !

Les dessins sont aussi magnifiques que ceux présents sur les couvertures ! Des couleurs tantôt vives, tantôt ternes. Ils subliment cette merveilleuse histoire.

Vivement le tome 3 !